Comment trouver sa voix d'écrivain

· Roberto Sirolo · 5 min de lecture

Beaucoup d'écrivains débutants cherchent leur voix comme s'il s'agissait d'un objet caché quelque part, à découvrir avant de pouvoir écrire sérieusement — et restent bloqués entre-temps, convaincus que tout ce qu'ils écrivent « ne sonne pas encore comme eux ». C'est une façon de penser la voix qui mène sur une mauvaise piste : la voix ne se trouve pas avant d'écrire, elle se construit en écrivant, et elle est presque toujours visible pour les autres avant de l'être pour celui qui écrit.

Ce qu'est vraiment une voix narrative

La voix, ce n'est pas le vocabulaire — ce n'est ni « écrire avec des mots recherchés » ni « écrire simplement » — et c'est une erreur courante de la confondre avec un style décidé à table, du genre « je vais écrire des phrases courtes et tranchantes ». C'est plutôt l'ensemble des petits choix répétés qu'un auteur fait sans s'en rendre compte : la longueur moyenne des phrases, ce qu'un personnage remarque en premier en entrant dans une pièce, la part d'ironie qui filtre même dans les moments sérieux, la distance que le narrateur garde par rapport à ce qu'il raconte.

Aucun de ces choix, pris isolément, n'est « la voix ». C'est leur combinaison, répétée de façon cohérente chapitre après chapitre, qui devient reconnaissable — de la même manière qu'on reconnaît l'écriture manuscrite de quelqu'un non pas à une seule lettre, mais à l'ensemble.

Pourquoi copier un style au début est normal, pas un problème

Qui commence à écrire imite souvent, plus ou moins consciemment, l'auteur qu'il admire le plus : les phrases ressemblent à celles d'un livre lu récemment, les dialogues ont le même rythme. C'est une expérience presque universelle, et ce n'est pas le signe d'une absence de voix propre — c'est ainsi qu'on apprend n'importe quel métier fondé sur le langage : en répétant des formes empruntées jusqu'à les comprendre assez bien pour pouvoir les plier.

Le tournant arrive presque toujours non pas en décidant « j'arrête d'imiter », mais en écrivant assez pour se heurter à des choix que l'auteur imité n'aurait pas faits — une scène que ce style ne saurait pas raconter, un personnage qui exige un rythme différent. C'est là qu'apparaissent les premiers choix vraiment personnels, presque toujours sans que celui qui écrit s'en rende compte au moment où il les fait.

La voix se trouve en écrivant beaucoup, pas en y pensant dans l'abstrait

Réfléchir à sa voix dans l'abstrait — « quel genre d'écrivain je veux être » — donne rarement des réponses utiles, parce que la voix n'est pas une décision mais un motif qui émerge de la répétition. Le moyen le plus fiable de la faire émerger est d'écrire beaucoup, sur des matériaux variés : différents points de vue, différents registres, même des genres éloignés de celui qu'on veut publier. Les choix qui reviennent identiques à travers des matériaux différents sont, avec une bonne probabilité, la voix — ceux qui changent selon le projet ne sont qu'une adaptation à la tâche, pas une identité.

Un exercice pratique utile consiste à relire, des mois plus tard, deux textes très différents écrits à la même période : ce qui est resté constant malgré la différence de sujet ou de genre est un indice concret de l'endroit où se trouve sa propre voix, bien plus fiable que n'importe quelle introspection menée à table.

Le risque inverse : une voix forcée

Il existe aussi une erreur opposée, moins fréquente mais tout aussi bloquante : décider à l'avance quelles devraient être ses caractéristiques stylistiques — « j'écris des phrases longues et lyriques » — et les imposer même là où elles ne servent à rien, scène après scène, indépendamment de ce que la scène exige. Une voix authentique varie : elle s'adapte à la tension de la scène, se resserre dans un moment d'action et s'ouvre dans un moment de réflexion, tout en restant reconnaissable sous ces variations. Une voix forcée, elle, reste identique à elle-même partout, et le lecteur la ressent comme une posture plutôt que comme une présence.

Ce que l'intelligence artificielle a à voir avec la voix

Qui écrit avec l'aide d'outils d'IA se pose souvent la question à l'envers : non pas « comment trouver ma voix » mais « comment ne pas la perdre en utilisant ces outils ». Il vaut la peine de lire séparément comment utiliser l'IA sans perdre sa voix : le point commun est qu'une fois qu'une voix existe, elle se reconnaît et se protège ; le plus gros problème pour un débutant n'est pas de la protéger mais de la faire d'abord émerger, un travail qu'aucun outil ne peut faire à votre place.

Questions fréquentes

Est-ce que je peux écrire en imitant le style d'un auteur que j'aime ?

Oui, surtout au début : c'est une façon normale et utile d'apprendre la mécanique d'une voix qu'on admire. L'important est de ne pas s'arrêter là — continuez à écrire jusqu'à ce qu'apparaissent des choix que cet auteur n'aurait pas faits, premier signe concret de votre propre voix.

Combien de temps faut-il pour trouver sa propre voix ?

Il n'y a pas de durée fixe, mais c'est rarement une question de semaines : la plupart des écrivains la trouvent après avoir terminé au moins un roman entier, ou un nombre conséquent de nouvelles, parce que la voix naît de la répétition sur un volume de pages qu'aucun exercice court ne peut reproduire.

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